
L’Argentine a ordonné le blocage de la plateforme de marché prédictif Polymarket à l’échelle nationale, portant le nombre de pays limitant cette plateforme à plus de 30. Cette interdiction a été émise par le tribunal de Buenos Aires, ordonnant à ENACOM (l’Autorité nationale des communications) de collaborer avec les fournisseurs d’accès Internet (FAI) locaux pour exécuter le blocage, tout en demandant simultanément à Google et Apple de retirer l’application mobile Polymarket de leurs boutiques Android et iOS.
L’événement ayant directement conduit à cette interdiction est une suspicion de fuite d’informations concernant les données officielles d’inflation en Argentine.
Selon les médias locaux, il existait sur Polymarket un marché de prédiction suivant le taux d’inflation en Argentine en février (finalement annoncé à 2,9%). Fait notable, environ 15 minutes avant la publication officielle, la tendance des prévisions sur ce marché a soudainement connu une inversion majeure — cette synchronisation anormale a suscité de vives suspicions de possible trading d’initié.
Cet incident a déclenché une action réglementaire. La LOTBA (Loterie et jeux de Buenos Aires) et la CASCBA (Association argentine des casinos et jeux de bingo) ont immédiatement déposé une plainte auprès des autorités compétentes. Le bureau du procureur spécialisé dans les questions de jeu à Buenos Aires (FEJA), avec le soutien technique de l’équipe d’enquête judiciaire (CIJ), a officiellement lancé une enquête, concluant finalement que Polymarket est en réalité un « système de jeu en ligne déguisé en marché de prédiction ».
La procédure en Argentine : le tribunal ordonne à ENACOM d’informer tous les fournisseurs d’accès Internet pour exécuter le blocage. Selon un média argentin, un porte-parole du procureur a déclaré : « L’interdiction a été ordonnée, mais en raison de la structure d’Internet et du fonctionnement de la loi argentine, ENACOM doit notifier chaque FAI individuellement pour finaliser le blocage », indiquant que le processus nécessite un certain temps de coordination technique.
Le déploiement mondial du blocage de Polymarket s’étend :
Les principales bases légales du blocage reposent sur deux aspects : d’une part, la protection des consommateurs, notamment l’absence de mécanismes efficaces de vérification d’âge et d’identité, permettant potentiellement à des mineurs de participer à des activités spéculatives impliquant de l’argent ; d’autre part, la régulation des jeux d’argent, où le FEJA, après enquête technique, a conclu que le mode de fonctionnement de Polymarket constitue en substance une activité de jeu, et non un marché d’informations pur, relevant ainsi du cadre réglementaire argentin existant sur les jeux.
À ce jour, aucun rapport officiel n’a confirmé que cette inversion constitue une preuve légale de trading d’initié. La variation de tendance du marché 15 minutes avant peut s’expliquer par diverses raisons, telles que l’analyse rapide de certains participants, la fuite d’informations par des canaux non officiels, ou simplement un hasard statistique. Cependant, cette synchronisation temporelle étroite suffit à susciter des soupçons raisonnables de la part des régulateurs, justifiant le lancement d’une enquête.
Les raisons des interdictions varient selon les pays, mais les points de discorde principaux concernent : la qualification légale des marchés de prédiction (jeu vs marché d’information), la capacité de protection des consommateurs (vérification d’âge, lutte contre le blanchiment d’argent), et le risque d’initié sur des sujets sensibles (guerre, politique). La poursuite des opérations de Polymarket sur le marché américain, où la régulation est claire, montre que le problème ne réside pas dans le modèle lui-même, mais dans l’interprétation et les standards réglementaires différents adoptés par chaque pays.