L’or au comptant (Spot Gold) affiche une performance décevante en mars : au 31 mars, la baisse du mois atteint 14,6 %. S’il n’est pas possible de reprendre clairement le terrain avant la fin du mois, il s’agira de la plus forte baisse mensuelle depuis octobre 2008 (baisse du mois de 16,8 %), proche des pires chiffres de l’époque de la crise financière datant d’environ 17 ans.
Le 31 mars, en séance, l’or spot aux États-Unis s’élevait à 4 553,69 dollars l’once, soit une hausse d’environ 1 % sur la journée ; les contrats à terme sur l’or (contrat du mois précédent) progressaient en parallèle de 0,6 % jusqu’à environ 4 553 dollars, mais n’arrivent toujours pas à inverser la forte hémorragie du mois dans son ensemble.
Pourquoi la guerre n’a-t-elle pas soutenu l’or ? Les anticipations d’inflation sont la clé
À première vue, la guerre devrait être un catalyseur positif pour l’or : la demande de couverture contre le risque s’intensifie et les capitaux affluent vers les métaux précieux. Mais cette fois, la logique va justement dans le sens inverse.
Après l’action militaire menée fin février par une coalition américano-… contre l’Iran, le trafic dans le détroit d’Hormuz s’est effondré de plus de 90 % ; l’offre mondiale de pétrole et de gaz a été gravement perturbée, et le pétrole Brent a atteint un plus haut autour de 126 dollars le baril. La flambée des prix de l’énergie a directement alimenté les anticipations d’inflation : le marché a commencé à intégrer un scénario où la Réserve fédérale augmenterait les taux cette année, plutôt que de les baisser.
Les anticipations de hausse des taux soutiennent le dollar, et les taux réels augmentent — deux facteurs qui constituent les ennemis traditionnels de l’or. Shackleton Advisers, directeur des investissements Wayne Nutland, explique à CNBC : « Après quatre années d’après-guerre en Ukraine, l’or a connu une séquence de hausse très supérieure à la relation historique, et au début 2026, la progression est déjà assez impressionnante. Après le déclenchement de la guerre en Iran, l’or est au contraire revenu à sa corrélation traditionnelle négative avec le dollar et les rendements : le dollar et les taux des obligations se sont renforcés en même temps ; l’or a donc fini par subir une pression et retomber. »
Netwealth, directeur des investissements Iain Barnes, ajoute pour sa part que cette baisse présente des similitudes avec le second semestre 2008 : « Les investisseurs étaient allés trop loin dans leurs positions sur les matières premières ; lorsque le sentiment à l’égard du dollar s’est inversé, ces positions ont fait l’objet de prises de profits à grande échelle. De plus, comme la hausse de l’or avait été trop forte entre 2025 et le début 2026, l’ampleur de cette baisse s’en est trouvée amplifiée. »
Négociations Trump, renforts de troupes : la situation reste pleine d’incertitudes
La deuxième grande variable qui influence la trajectoire de l’or tient à l’évolution de la situation militaire. La hausse du 31 mars provient en partie de signaux diplomatiques : selon le Wall Street Journal, Trump a informé ses conseillers qu’en dépit du fait que le détroit d’Hormuz demeure globalement fermé, il est disposé à mettre fin à l’action militaire contre les forces iraniennes ; le même jour, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a déclaré à la chaîne Al Jazeera (semi) que les objectifs des États-Unis en Iran seraient atteints « en quelques semaines plutôt qu’en quelques mois ».
Toutefois, dans le même temps, Reuters rapporte que plus de 2 500 soldats des Marines américains sont arrivés au Moyen-Orient le week-end dernier ; certains responsables indiquent que ces troupes proviennent de la 82e division aéroportée, des forces d’élite, ce qui montre que le renforcement du déploiement militaire se poursuit.
Goldman Sachs : la baisse est excessive, mais nous visons encore 5 400 dollars d’ici la fin de l’année
Même si l’or corrige fortement, des analystes de Goldman Sachs maintiennent leur position haussière dans un rapport publié le 30 mars : « Notre point de vue sur l’or reste positif, et nous continuons de prévoir que l’or atteindra 5 400 dollars l’once d’ici la fin 2026, pour trois raisons : les banques centrales de différents pays continuent de diversifier leurs réserves de change ; à terme, les positions spéculatives actuellement trop faibles reviendront à la normale ; et la Réserve fédérale, conformément à nos attentes, baissera ses taux de 50 points de base cette année. »
Goldman Sachs souligne également que le marché a déjà réévalué le scénario en intégrant l’idée que la Réserve fédérale ne baisserait ses taux qu’une seule fois, voire ne les baisserait pas du tout, ce qui pèse sur la trajectoire de l’or à court terme. Mais ils indiquent que dans leur scénario de base, le secteur privé ne vendra pas davantage massivement de l’or, et que les perturbations liées à la crise d’Hormuz ne se transformeront pas en une vague plus longue de sorties de gains.
La forte chute de l’or illustre un effet domino déclenché par la guerre en Iran : la crise énergétique fait monter l’inflation → les anticipations de hausse des taux s’intensifient → le dollar se renforce → les capitaux initialement orientés vers la couverture contre le risque finissent par se retirer de l’or. Pour les investisseurs, cela apporte un rappel lucide : dans un contexte de marché où les chocs inflationnistes dominent, la logique de couverture de l’or pourrait temporairement ne plus fonctionner.
Cet article Or 3 mois : plus forte baisse en 17 ans ! La guerre en Iran fait grimper les prix du pétrole et les anticipations d’inflation ; Goldman Sachs continue d’appeler le creux, et vise 5 400 dollars d’ici la fin de l’année apparaît en premier sur Chaîne d’actualité ABMedia.