
Le ministre américain des Finances Scott Bessent a publié le 9 avril, dans le Wall Street Journal, un article de commentaire appelant officiellement le Congrès à faire passer en priorité le projet de loi CLARITY, afin d’établir un cadre fédéral de réglementation pour les actifs numériques et de garantir que les États-Unis conservent leur position de principal fixateur des normes financières mondiales. Bessent a averti que l’incertitude actuelle de la réglementation a conduit les projets de développement de cryptomonnaies à déménager progressivement vers Abou Dhabi et Singapour, où les réglementations sont plus claires.
Dans son article, Bessent formule directement le cœur du problème : « le cadre réglementaire du marché des actifs numériques n’est pas encore clair », et affirme que cette incertitude entraîne des « conséquences prévisibles ». Il décrit une situation concurrentielle que les États-Unis sont en train de perdre : de plus en plus de projets de développement de cryptomonnaies choisissent de se tourner vers des marchés étrangers où la réglementation est plus claire. Dans ces régions, les entreprises savent clairement quand et comment s’inscrire, ainsi que quelles normes de conformité elles doivent respecter. « Les avantages liés à une inscription aux États-Unis sont désormais bien trop rares pour dépasser les risques auxquels elles font face. »
En février de cette année, Bessent avait déclaré que le projet de loi CLARITY apporterait au marché « un grand réconfort » lors de fortes turbulences. La publication de cet éditorial dans le Wall Street Journal constitue, selon lui, un signal clair et plus direct de l’administration envers le législateur. Il souligne que des règles explicites sont une condition clé pour que le développement et l’investissement dans les cryptomonnaies « continuent de rester aux États-Unis ».
Le « projet de loi CLARITY » est le fruit du lobbying de longue date de l’industrie des cryptomonnaies. Il vise à définir un cadre fédéral complet de lois pour les actifs numériques. La Chambre des représentants a adopté l’an dernier la version de la Chambre du projet de loi, mais la progression au Sénat est bloquée par la persistance d’une controverse majeure.
Controverse sur les dispositions relatives aux intérêts des stablecoins : le secteur bancaire pousse à inclure dans le projet de loi des dispositions interdisant le versement d’intérêts sur les stablecoins et d’autres incitations, tandis que les acteurs de la cryptographie s’y opposent. Les deux parties restent dans une impasse qui dure depuis des mois
Soutien bipartisan des fondations : Bessent indique que, même si certaines entreprises de cryptomonnaies avaient auparavant tenté d’empêcher l’avancement du projet de loi, il existe désormais un groupe transpartisan composé de parlementaires issus des deux partis qui soutient clairement l’adoption du projet de loi
Demandes du secteur : les entreprises de cryptomonnaies affirment depuis longtemps que les réglementations actuelles ne peuvent pas s’appliquer aux caractéristiques particulières des actifs numériques. Un cadre fédéral législatif clair est une condition nécessaire pour fonctionner légalement aux États-Unis
Ce que révèle l’article de Bessent, c’est une concurrence mondiale en matière de réglementation plus profonde encore. Ces dernières années, Abou Dhabi et Singapour ont activement attiré les entreprises de cryptomonnaies en mettant en place des cadres réglementaires clairs pour les actifs numériques, créant ainsi une pression de concurrence directe sur le marché américain. Pour les États-Unis, l’intérêt de faire passer le projet de loi CLARITY ne se limite pas à protéger l’industrie de la cryptographie existante : il s’agit aussi de préserver la position de longue durée des États-Unis en tant que leader mondial qui fixe les normes financières. Si l’impasse législative se poursuit, le pouvoir de discussion réglementaire de l’industrie mondiale des cryptomonnaies pourrait progressivement se déplacer vers d’autres juridictions.
Le « projet de loi CLARITY » vise à établir un cadre fédéral complet de réglementation pour les actifs numériques, en précisant la situation juridique des cryptomonnaies, les exigences d’émission, les règles d’enregistrement des bourses et les normes de conformité, afin d’offrir aux entreprises un parcours juridique clair et de supprimer les obstacles que l’incertitude réglementaire actuelle fait peser sur le développement de l’industrie américaine de la cryptographie.
La Chambre des représentants a adopté l’an dernier la version de la Chambre du projet de loi, mais la progression au Sénat est entravée par les controverses persistantes entre le secteur bancaire et les acteurs de la cryptographie au sujet des dispositions relatives aux intérêts des stablecoins. Le ministre des Finances Bessent a rédigé cet article en personne, ce qui est considéré comme un acte clair de l’administration visant à faire pression sur le Congrès pour que le projet de loi soit adopté le plus rapidement possible.
Abou Dhabi et Singapour ont mis en place des cadres clairs de réglementation des actifs numériques, permettant aux entreprises d’évaluer précisément les coûts de conformité et les perspectives commerciales. En revanche, l’ambiguïté réglementaire des États-Unis fait fortement baisser l’attrait de l’enregistrement local, créant une incitation réelle poussant les entreprises à choisir activement de déménager. C’est, selon Bessent, la preuve factuelle la plus directe qui justifie la nécessité d’une adoption immédiate du texte.