Les marchés mondiaux du sucre ont connu une reprise marquée ces dernières sessions, la faiblesse de la devise ayant suscité des couvertures de positions courtes, mais les pressions d’offre sous-jacentes risquent de limiter toute hausse durable des prix. Les perspectives fondamentales restent nettement baissières, avec les principaux producteurs mondiaux se préparant à des récoltes record ou proches du record, ce qui risque d’inonder les marchés internationaux.
La faiblesse du dollar déclenche des couvertures de positions courtes sur les marchés mondiaux
L’action récente des prix reflétait des dynamiques techniques classiques plutôt qu’une amélioration fondamentale. Les contrats à terme sur le sucre de New York pour mars (SBH26) ont augmenté de 2,59 % lors des échanges récents, tandis que le sucre blanc ICE de Londres pour mars (SWH26) a progressé de 3,06 %, la baisse de l’indice dollar (DXY00) incitant les traders à couvrir leurs positions courtes. Cependant, cette reprise est survenue après que les prix du sucre ont touché des plus bas sur plusieurs mois — les contrats de New York ont atteint un creux de 2,5 mois et ceux de Londres ont plongé à des niveaux pluriannuels — ce qui indique à quel point la pression vendeuse était devenue sévère.
La capitulation des prix reflète des préoccupations d’offre écrasantes qui continuent de dominer le sentiment du marché. Du côté de la demande, la consommation mondiale de sucre devrait atteindre des niveaux record, le USDA prévoyant une augmentation de 1,4 % d’une année sur l’autre pour atteindre 177,921 millions de tonnes métriques (MMT) en 2025/26. Pourtant, la croissance de l’offre dépasse largement celle de la demande, garantissant pratiquement des conditions de surplus sur plusieurs saisons à venir.
La production croissante dans les principales régions sucrières pèse sur les prix
La hausse projetée de la production mondiale de sucre renforce le scénario de surabondance. Les projections du USDA indiquent une augmentation de 4,6 % d’une année sur l’autre pour atteindre un record de 189,318 MMT en 2025/26, dépassant largement la croissance de la consommation. Ce déséquilibre est alimenté par une accélération de la production dans les principales nations productrices mondiales.
Récolte record au Brésil : Le Brésil, représentant environ un tiers de la production mondiale, prépare sa plus grande récolte jamais réalisée. Conab, l’agence officielle de prévision brésilienne, estime la production 2025/26 à 45 MMT, contre 44,5 MMT précédemment prévu. Le USDA prévoit une production encore plus élevée à 44,7 MMT. De manière critique, une part plus importante de la canne à sucre brésilienne est broyée pour le sucre plutôt que pour l’éthanol, avec un ratio de sucre passant à 50,82 % en 2025/26 contre 48,16 % la saison précédente. Cette hausse de la production garantit des flux d’exportation brésiliens robustes.
Explosion de l’offre en Inde : L’Inde, deuxième plus grand producteur mondial, connaît une explosion de la production due à des pluies de mousson favorables et à une extension des plantations. L’ISMA a rapporté une production jusqu’à mi-janvier en hausse de 22 % d’une année sur l’autre, atteignant 15,9 MMT, ce qui laisse présager une production totale pour la saison d’environ 31 MMT — une hausse de 18,8 % par rapport à la dernière estimation de l’ISMA. Le USDA prévoit une croissance encore plus spectaculaire, anticipant une production indienne de 35,25 MMT en 2025/26, en hausse de 25 % d’une année sur l’autre. Cette croissance est renforcée par une réduction de la diversion vers la production d’éthanol ; l’ISMA a abaissé sa prévision d’utilisation pour l’éthanol à 3,4 MMT contre une estimation précédente de 5 MMT, permettant de réserver plus de sucre à l’exportation.
Face à ces surplus domestiques, le gouvernement indien a décidé de libérer ses stocks internes. Après avoir restreint les exportations dans le cadre d’un système de quotas imposé en 2022/23, le ministère indien de l’alimentation a autorisé 1,5 MMT d’exportations pour la saison 2025/26. Cette permission d’exportation limite les prix, car le potentiel d’exportation accru de l’Inde signale une disponibilité mondiale supplémentaire.
Thaïlande et autres : La Thaïlande, troisième plus grand producteur et deuxième plus grand exportateur mondial, devrait augmenter sa production de 2 à 5 % d’une année sur l’autre selon les prévisionnistes, atteignant environ 10,25-10,5 MMT. Cela exerce une pression supplémentaire sur les exportations, notamment sur les marchés asiatiques.
Perspectives à moyen terme : le surplus d’offre pourrait limiter la hausse
Les estimations du surplus mondial de sucre varient selon les prévisionnistes, mais tous convergent vers la même conclusion : le surapprovisionnement perdurera. Green Pool Commodity Specialists estime un surplus mondial de 2,74 MMT pour 2025/26 et un surplus de 156 000 MT pour 2026/27. StoneX prévoit un surplus de 2,9 MMT en 2025/26. Covrig Analytics, qui avait revu à la hausse son estimation de surplus à 4,7 MMT contre 4,1 MMT, prévoit une modération à 1,4 MMT en 2026/27, car des prix faibles dissuadent l’expansion de la production. Plus agressivement, Czarnikow a porté son estimation du surplus mondial pour 2025/26 à 8,7 MMT.
L’Organisation Internationale du Sucre prévoit un surplus de 1,625 MMT en 2025/26, après un déficit l’année précédente, en raison d’une augmentation de la production en Inde, en Thaïlande et au Pakistan, ainsi que d’une croissance mondiale de 3,2 %. Les stocks mondiaux de fin de période devraient diminuer modestement à 41,188 MMT, en baisse de 2,9 % d’une année sur l’autre — une baisse mineure qui n’atténue guère le surplus structurel.
Une lueur d’espoir n’apparaît qu’à long terme. Safras & Mercado prévoit que la production brésilienne en 2026/27 diminuera de 3,91 %, passant à 41,8 MMT contre 43,5 MMT en 2025/26, avec des exportations en baisse de 11 % d’une année sur l’autre, à 30 MMT. Cependant, cette modération reste à 2-3 saisons et dépend de la réaction des producteurs face à des prix profondément faibles.
Le message à court terme est clair : sauf perturbation imprévue ou faiblesse prolongée de la devise, le marché du sucre fait face à une période prolongée de surplus et de pression à la baisse sur les prix. Les rallies récents, alimentés par des facteurs techniques, n’offrent qu’un soulagement temporaire face à des vents contraires fondamentaux puissants.
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Le rally du sucre fait face à des vents contraires en raison d'une surabondance mondiale
Les marchés mondiaux du sucre ont connu une reprise marquée ces dernières sessions, la faiblesse de la devise ayant suscité des couvertures de positions courtes, mais les pressions d’offre sous-jacentes risquent de limiter toute hausse durable des prix. Les perspectives fondamentales restent nettement baissières, avec les principaux producteurs mondiaux se préparant à des récoltes record ou proches du record, ce qui risque d’inonder les marchés internationaux.
La faiblesse du dollar déclenche des couvertures de positions courtes sur les marchés mondiaux
L’action récente des prix reflétait des dynamiques techniques classiques plutôt qu’une amélioration fondamentale. Les contrats à terme sur le sucre de New York pour mars (SBH26) ont augmenté de 2,59 % lors des échanges récents, tandis que le sucre blanc ICE de Londres pour mars (SWH26) a progressé de 3,06 %, la baisse de l’indice dollar (DXY00) incitant les traders à couvrir leurs positions courtes. Cependant, cette reprise est survenue après que les prix du sucre ont touché des plus bas sur plusieurs mois — les contrats de New York ont atteint un creux de 2,5 mois et ceux de Londres ont plongé à des niveaux pluriannuels — ce qui indique à quel point la pression vendeuse était devenue sévère.
La capitulation des prix reflète des préoccupations d’offre écrasantes qui continuent de dominer le sentiment du marché. Du côté de la demande, la consommation mondiale de sucre devrait atteindre des niveaux record, le USDA prévoyant une augmentation de 1,4 % d’une année sur l’autre pour atteindre 177,921 millions de tonnes métriques (MMT) en 2025/26. Pourtant, la croissance de l’offre dépasse largement celle de la demande, garantissant pratiquement des conditions de surplus sur plusieurs saisons à venir.
La production croissante dans les principales régions sucrières pèse sur les prix
La hausse projetée de la production mondiale de sucre renforce le scénario de surabondance. Les projections du USDA indiquent une augmentation de 4,6 % d’une année sur l’autre pour atteindre un record de 189,318 MMT en 2025/26, dépassant largement la croissance de la consommation. Ce déséquilibre est alimenté par une accélération de la production dans les principales nations productrices mondiales.
Récolte record au Brésil : Le Brésil, représentant environ un tiers de la production mondiale, prépare sa plus grande récolte jamais réalisée. Conab, l’agence officielle de prévision brésilienne, estime la production 2025/26 à 45 MMT, contre 44,5 MMT précédemment prévu. Le USDA prévoit une production encore plus élevée à 44,7 MMT. De manière critique, une part plus importante de la canne à sucre brésilienne est broyée pour le sucre plutôt que pour l’éthanol, avec un ratio de sucre passant à 50,82 % en 2025/26 contre 48,16 % la saison précédente. Cette hausse de la production garantit des flux d’exportation brésiliens robustes.
Explosion de l’offre en Inde : L’Inde, deuxième plus grand producteur mondial, connaît une explosion de la production due à des pluies de mousson favorables et à une extension des plantations. L’ISMA a rapporté une production jusqu’à mi-janvier en hausse de 22 % d’une année sur l’autre, atteignant 15,9 MMT, ce qui laisse présager une production totale pour la saison d’environ 31 MMT — une hausse de 18,8 % par rapport à la dernière estimation de l’ISMA. Le USDA prévoit une croissance encore plus spectaculaire, anticipant une production indienne de 35,25 MMT en 2025/26, en hausse de 25 % d’une année sur l’autre. Cette croissance est renforcée par une réduction de la diversion vers la production d’éthanol ; l’ISMA a abaissé sa prévision d’utilisation pour l’éthanol à 3,4 MMT contre une estimation précédente de 5 MMT, permettant de réserver plus de sucre à l’exportation.
Face à ces surplus domestiques, le gouvernement indien a décidé de libérer ses stocks internes. Après avoir restreint les exportations dans le cadre d’un système de quotas imposé en 2022/23, le ministère indien de l’alimentation a autorisé 1,5 MMT d’exportations pour la saison 2025/26. Cette permission d’exportation limite les prix, car le potentiel d’exportation accru de l’Inde signale une disponibilité mondiale supplémentaire.
Thaïlande et autres : La Thaïlande, troisième plus grand producteur et deuxième plus grand exportateur mondial, devrait augmenter sa production de 2 à 5 % d’une année sur l’autre selon les prévisionnistes, atteignant environ 10,25-10,5 MMT. Cela exerce une pression supplémentaire sur les exportations, notamment sur les marchés asiatiques.
Perspectives à moyen terme : le surplus d’offre pourrait limiter la hausse
Les estimations du surplus mondial de sucre varient selon les prévisionnistes, mais tous convergent vers la même conclusion : le surapprovisionnement perdurera. Green Pool Commodity Specialists estime un surplus mondial de 2,74 MMT pour 2025/26 et un surplus de 156 000 MT pour 2026/27. StoneX prévoit un surplus de 2,9 MMT en 2025/26. Covrig Analytics, qui avait revu à la hausse son estimation de surplus à 4,7 MMT contre 4,1 MMT, prévoit une modération à 1,4 MMT en 2026/27, car des prix faibles dissuadent l’expansion de la production. Plus agressivement, Czarnikow a porté son estimation du surplus mondial pour 2025/26 à 8,7 MMT.
L’Organisation Internationale du Sucre prévoit un surplus de 1,625 MMT en 2025/26, après un déficit l’année précédente, en raison d’une augmentation de la production en Inde, en Thaïlande et au Pakistan, ainsi que d’une croissance mondiale de 3,2 %. Les stocks mondiaux de fin de période devraient diminuer modestement à 41,188 MMT, en baisse de 2,9 % d’une année sur l’autre — une baisse mineure qui n’atténue guère le surplus structurel.
Une lueur d’espoir n’apparaît qu’à long terme. Safras & Mercado prévoit que la production brésilienne en 2026/27 diminuera de 3,91 %, passant à 41,8 MMT contre 43,5 MMT en 2025/26, avec des exportations en baisse de 11 % d’une année sur l’autre, à 30 MMT. Cependant, cette modération reste à 2-3 saisons et dépend de la réaction des producteurs face à des prix profondément faibles.
Le message à court terme est clair : sauf perturbation imprévue ou faiblesse prolongée de la devise, le marché du sucre fait face à une période prolongée de surplus et de pression à la baisse sur les prix. Les rallies récents, alimentés par des facteurs techniques, n’offrent qu’un soulagement temporaire face à des vents contraires fondamentaux puissants.