Voler des crypto-monnaies, est-ce un crime d'atteinte aux biens ou un crime d'obtention illégale de données ?

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Écrit par : Liu Zhengyao

Introduction

Imaginez un scénario où, un jour, le programmeur Xiao Liu se connecte à son portefeuille et découvre que ses bitcoins ont disparu sans raison — une valeur proche d’un million de yuans chinois, transférée discrètement par quelqu’un en piratant la clé privée. Il appelle immédiatement la police, qui rapidement identifie le suspect.

Mais ce qui suit laisse Xiao Lin perplexe : lors de la discussion sur la qualification pénale du suspect, le parquet se divise profondément. Certains proposent de le poursuivre pour vol, d’autres pour « acquisition illégale de données de systèmes informatiques ». Ces deux infractions pourraient entraîner des verdicts radicalement différents.

Ce n’est pas un cas isolé. Ces dernières années, avec la popularisation croissante des monnaies virtuelles, des controverses juridiques similaires se multiplient dans les tribunaux à travers le pays. Certains jugements considèrent les « monnaies virtuelles » comme des biens, d’autres comme des simples données. La question centrale reste : qu’est-ce que la monnaie virtuelle en réalité ?

Comment se produit le vol de monnaie virtuelle

Avant d’aborder la question juridique, comprenons brièvement comment une monnaie virtuelle peut être « volée ».

Les monnaies virtuelles comme Bitcoin ou Ethereum sont essentiellement stockées sur un réseau blockchain. Vous en êtes propriétaire parce que vous détenez une chaîne de caractères appelée « clé privée ». Celui qui possède cette clé peut utiliser les fonds correspondants.

Ainsi, voler des monnaies virtuelles ne revient pas du tout à forcer une serrure pour entrer dans une maison et voler de l’argent liquide ou des biens. Un hacker peut soit pirater votre ordinateur ou logiciel de portefeuille pour obtenir la clé privée, soit falsifier un site web ou envoyer un email de phishing pour vous inciter à révéler cette clé.

Une fois que les fonds sont transférés, l’enregistrement sur la blockchain ne peut pas être annulé. Cette caractéristique est l’une des raisons pour lesquelles des controverses juridiques ont émergé.

Deux visions du droit

Dans la législation chinoise actuelle, deux infractions principales sont généralement évoquées pour traiter ce type d’affaire, chacune reposant sur une logique très différente.

Première logique : la monnaie virtuelle est un bien, le vol constitue un cambriolage.

Cette logique paraît intuitive. Le Bitcoin peut acheter des biens ou être échangé contre de l’argent, sa valeur atteignant plusieurs dizaines de milliers de yuans par unité ; sa création nécessite aussi une consommation importante d’énergie. Pourquoi ne pas le considérer comme un bien ? Les tribunaux qui adoptent cette vision poursuivent généralement pour vol ou fraude. Si le montant en jeu est élevé, la peine peut être lourde, avec des condamnations pouvant dépasser dix ans ou même la réclusion à perpétuité en cas de gravité.

Deuxième logique : la monnaie virtuelle n’est qu’une donnée, le vol correspond à « acquisition illégale de données de systèmes informatiques ».

Cette approche est d’origine technique. La présence du Bitcoin sur la blockchain est essentiellement une série d’enregistrements numériques. Pirater un portefeuille ou obtenir une clé privée correspond à une « intrusion illégale dans un système informatique ». Selon cette logique, la qualification criminelle ne peut dépasser 7 ans d’emprisonnement, bien moins que pour le vol.

Une même affaire peut donc donner lieu à deux interprétations différentes, avec des résultats très divergents — c’est ce qui complique la tâche des parties et des avocats. Bien que de plus en plus de tribunaux chinois reconnaissent la nature patrimoniale des monnaies virtuelles comme Bitcoin ou Ethereum, l’unification nationale reste difficile. Certains juges considèrent encore que ces monnaies ne sont que des données, non des biens. La distinction entre monnaies principales et non principales n’est pas encore acceptée par la majorité dans le milieu juridique. De plus, la réglementation chinoise interdit la transaction et la fixation de prix des monnaies virtuelles, ce qui complique la disparition de la deuxième logique.

Pourquoi les jugements diffèrent-ils ?

La réponse réside dans un conflit fondamental : la qualification juridique des monnaies virtuelles en Chine est intrinsèquement contradictoire.

D’un côté, la Banque centrale chinoise et d’autres régulateurs ont clairement indiqué que les monnaies virtuelles comme Bitcoin n’ont pas le même statut juridique que la monnaie légale, et ne peuvent circuler comme moyen de paiement. Après la « Notification du 24 septembre 2021 », puis le « Document 42 » de 2026 (« Avis sur la prévention et la gestion des risques liés aux monnaies virtuelles »), toutes les activités liées aux monnaies virtuelles ont été interdites. De ce point de vue, ces monnaies ne sont pas considérées comme des « biens légaux » par l’État.

En particulier, dans le traitement des litiges civils liés aux monnaies virtuelles, tous les contrats de prêt, d’achat ou d’investissement en monnaies virtuelles sont considérés comme nuls, et le risque juridique repose sur les parties. Bien que certains tribunaux reconnaissent la valeur de ces monnaies dans leurs jugements civils, ils ne protègent pas leur détention ou leur échange.

D’un autre côté, dans les affaires pénales impliquant des monnaies virtuelles, les tribunaux ont à plusieurs reprises reconnu leur nature patrimoniale, permettant leur confiscation. Lorsqu’il s’agit de leur remise au trésor public ou de leur restitution à la victime, la liquidation peut se faire par la voie judiciaire.

Cela crée une situation étrange : en droit pénal, la monnaie virtuelle est un bien, mais en droit civil, elle peut ne pas être considéré comme un bien légitime à protéger. Selon la juridiction, le même objet peut aboutir à des conclusions totalement opposées.

L’ampleur de cette controverse

D’après les cas publics récents, les verdicts pour des affaires similaires varient énormément selon les régions.

Certaines tribunaux estiment que, même si le Bitcoin n’est pas une monnaie légale, il a une valeur réelle, et son vol doit être poursuivi pour vol, avec des peines lourdes. D’autres juges considèrent que, puisque l’État ne reconnaît pas la monnaie virtuelle comme un bien légitime, elle ne relève pas du « patrimoine privé ou public » protégé par le droit pénal, et ne peut être poursuivie que comme une infraction de données.

Plus déroutant encore, dans certains cas, un tribunal de niveau supérieur peut infirmer la décision d’un tribunal inférieur, en changeant la qualification juridique. En d’autres termes, pour une perte de 1 million de yuans en monnaies virtuelles, le verdict final dépend fortement de la ville où l’affaire est jugée et du juge en charge.

Cette incertitude constitue un risque réel pour de nombreux particuliers impliqués dans les transactions de monnaies virtuelles.

Quelle est la différence fondamentale entre ces deux infractions ?

En résumé, la différence réside dans l’objet de la protection juridique.

Le vol protège la propriété — si quelqu’un vous prend votre argent liquide, votre or ou votre téléphone, la loi doit vous assurer une compensation équitable et punir sévèrement le coupable. Plus la valeur est élevée, plus la peine est lourde.

L’« acquisition illégale de données de systèmes informatiques » protège la sécurité des systèmes d’information — si quelqu’un pénètre sans autorisation dans votre ordinateur, il compromet l’intégrité ou la confidentialité des données. Cette infraction ne se préoccupe pas de la « valeur » des données, mais de l’acte d’intrusion lui-même.

Lorsque la monnaie virtuelle est qualifiée de « donnée », même si elle vaut des millions, elle peut ne relever que d’une infraction de données, avec une peine allégée. En pratique, cela crée une inégalité flagrante : pour un vol de même valeur, la peine varie considérablement selon la nature de l’objet volé.

Ce débat existe principalement parce que le système juridique chinois a été construit avant la large adoption des monnaies virtuelles.

Les infractions comme le vol ou la fraude ont été conçues pour des biens tangibles, visibles, ou pour la monnaie légale dans les comptes bancaires. Les clés privées et tokens sur la blockchain dépassent largement ces concepts.

Par ailleurs, la régulation étatique des monnaies virtuelles est toujours en cours de renforcement, ce qui limite la reconnaissance de leur « nature patrimoniale » par la justice — car une décision qui qualifie Bitcoin comme un bien protégé par le droit pénal reviendrait à reconnaître implicitement sa légitimité.

Ce dilemme politique se répercute dans chaque affaire judiciaire concrète.

Conclusion

« Que doit-on qualifier de crime en cas de vol de monnaie virtuelle » semble une question technique, mais elle reflète en réalité une crise de notre époque : lorsque la vitesse d’innovation dépasse celle de la législation, des fissures apparaissent dans le cadre juridique.

Les monnaies virtuelles ne sont ni la monnaie traditionnelle ni de simples données ; elles constituent une nouvelle forme d’existence. La qualification juridique doit venir du législateur, pas laisser chaque victime parier sur la décision du juge.

Avant que cette réponse ne soit donnée, connaître l’existence de cette controverse constitue déjà une forme de protection.

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